Solidarité Tattes revendique la médiatisation de l’expulsion des Musa

Mardi 11 octobre 2016
- Aude Martenot

Trois membres de la fratrie Musa étaient expulsés de Suisse le mois dernier, en vertu d'une interprétation (trop) stricte des accords Dublin. Une membre du collectif Solidarité Tattes, Aude Martenot, est allée leur rendre visite en Croatie. Elle ramène de cette visite des précisions sur leur arrestation, leur voyage vers la Croatie et leur situation actuelle.

Qui a dit que les expulsions à Genève se faisaient sans violence ? Walat, Hazna et Slava Musa ont été expulsés le 7 septembre 2016, après une arrestation brutale par la police, sous les yeux du collectif Solidarité Tattes, de leur «marraine» Lisa Mazzone et de plus d'une centaine de personnes qui les accompagnaient ce jour-là dans leur démarche obligatoire de se présenter à l'Office cantonal de la population (OCP) de Genève. Ils ont ainsi été arrachés à leur petit frère, à leur famille et à leurs ami-e-s.

L'arrestation a choqué les témoins de la scène. Sa brutalité est confirmée par la fratrie. Le 6 septembre, à 10 h, alors que le frère et les sœurs Musa se rendent à l'OCP pour faire tamponner leur «papier blanc», la police s'est jetée sur eux pour les arrêter. Les deux jeunes femmes ont été menottées. Au commissariat de Carl-Vogt, chacun-e est fouillé-e et déshabillé-e complètement, puis placé-e dans une cellule séparée pendant cinq heures. La police veut contraindre Walat à signer un papier (le bannissement du territoire suisse pour trois ans), mais il refuse. La police le menace de six semaines de prison si ses sœurs et lui n'acceptent pas de partir. Enfin, Walat peut rencontrer son avocat et appeler sa tante. Ensuite s'organise le départ pour l'aéroport de Cointrin où ils passent la nuit.

Outre la brutalité à leur égard, il y a dans cette arrestation la criminalisation d'individus qui n'ont comme seul tort que d'avoir les mauvais papiers. Quinze policiers viennent pour emmener Walat! Il lève les bras pour signifier: «Ne me touchez pas», mais les policiers le bousculent et le prennent à la gorge. Ils le font entrer dans une camionnette, menotté. Hazna et Slava sont aussi emmenées, tenues par le bras. Ayant été blessé au pouce lors de l'arrestation à l'OCP, Walat voit un médecin au commissariat de police de Carl-Vogt puis est emmené aux HUG pour une radiographie. L'examen fait, la police n'attend pas le diagnostic du médecin et repart avec la radio que personne ne lira. Walat finira par recevoir une crème analgésique en Croatie. A aucun moment, la fratrie n'a reçu de nourriture ou d'eau, ni d'explication sur leur destination.

D'abord le trajet Genève-Zürich, sous haute surveillance. Le lendemain à 4 h du matin, la police les emmène. Ils sont à nouveau attachés avec des menottes, les bras devant. Comme Walat a mal à une jambe, il n'est pas nécessaire de les lui entraver. Le sang circule mal dans les bras et les mains de Walat, elles sont complètement enflammées à l'arrivée. C'est ainsi qu'ils sont transférés jusqu'à l'aéroport de Zürich.

Puis la torture du «vol spécial». On demande à Walat s'il veut être entravé les bras devant ou derrière. Il choisit devant. Walat est stressé, il tente de se serrer la gorge. La police lui tire la tête en arrière et les mains en avant. Hazna tombe plusieurs fois sur le chemin de l'avion alors qu'elle a les bras attachés, poussée par la police alors qu'elle ne veut pas avancer. Slava essaie de ne pas monter dans l'avion, s'accroche à la porte, mais la police la force à ouvrir les mains, lui serre les bras. Elle se blesse les coudes et aura de gros hématomes. Dans l'avion, tous les trois sont normalement attachés sur leur siège, mais ils ne peuvent pas se lever pendant tout le vol. Une policière essaie de donner un médicament à Hazna, mais personne ne lui explique ce que c'est. Elle refuse.

Ils arrivent alors dans un lieu d'accueil bondé, sans espoir d'avenir ni d'intégration, à 1000 km de leur frère. Ils sont à Zagreb. Walat est désentravé sur l'escalier de descente de l'avion. Seuls deux policiers les attendent. Ils voient les passagers «normaux» qui montent dans leur avion pour retourner en Suisse: à l'aller, le vol est «spécial»; au retour, c'est un banal vol de ligne. Arrivés dans le hall de l'aéroport, ils sont placés avec leurs bagages dans une camionnette qui les amène immédiatement à l'hôtel Porin, une immense structure de 200 lits à la sortie de la ville qui héberge plus de 500 requérant-e-s d'asile.

Il a été reproché au collectif Solidarité Tattes, notamment par le conseiller d'Etat Pierre Maudet, d'avoir médiatisé la situation des Musa, ce qui aurait nuit à leur possibilité de rester en Suisse. Nous écrivons ces lignes pour rappeler que, avec ou sans médias, des migrants et migrantes sont expulsés de Genève, même quand il s'agit de familles. Nous dénonçons le travail ignoble que les autorités souhaitent pratiquer sous notre nez, en nous demandant de fermer les yeux, les oreilles et surtout la bouche. Impossible de faire confiance à la police, impossible de ne pas médiatiser, comme le demande M. Maudet, car nous sommes témoins de trop d'ignominies pour cela.

Nous, membres de Solidarité Tattes, nous ne lâchons pas le fil, nous communiquons fréquemment avec les Musa. Les accords Dublin ont été appliqués de manière injuste et aveugle à leur égard. Ils doivent revenir en Suisse! I
 

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* Solidarité Tattes, Genève.

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