Réformez-la!

Vendredi 03 février 2017
- Laura Drompt

Le combat sans merci autour de la RIE III touche à sa fin. Et il pourrait s'avérer payant pour la gauche au vu des derniers sondages qui annonçaient un sérieux renforcement du «non», désormais à 44 % et en augmentation. Tout reste donc possible, y compris le scénario d'un grand «réformez-la!» jeté au nez des terroristes financiers qui ont façonné ce projet disproportionné. Un message surtout marqué du côté alémanique, plusieurs cantons romands comme Genève et Vaud peinant encore à voir l'intérêt général passer avant celui des entreprises à statuts spéciaux. Rappelons que, selon les calculs du Conseil fédéral, la RIE III coûterait 3 milliards de francs par an à la collectivité.

Des pertes que certains ont cherché à faire passer par une méthode qui peut s'avérer efficace à défaut d'être démocratique: le chantage. «Vous n'aimez pas? Mais l'Europe ne nous laisse pas le choix et il n'y a pas de plan B», larmoient les tenants du «oui». Ils ont ainsi le culot de brandir les pressions de l'Union européenne et de l'OCDE pour mettre fin aux statuts fiscaux spéciaux comme excuse pour faciliter davantage encore les possibilités d'optimisation fiscale en Suisse. Sauf que, bien sûr, il existe un plan B.

Le mieux aurait été d'aboutir dès le début à une solution équilibrée. Mais rien n'empêche, en cas de «non» le 12  février, de reprendre les choses à leur début et de réformer le système en mettant toutes les entreprises sur un pied d'égalité face à l'impôt, sans y ajouter des outils de défiscalisation massive1. C'est d'ailleurs ce possible plan B qui permet à des voix de droite de dire leur scepticisme face à la RIE III. Même l'ancienne ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf2 admet que, si une réforme de la fiscalité des entreprises est bien nécessaire, celle-là pose un réel problème d'équilibre. Berne doit donc revoir sa copie.

Certes, le processus demandera des efforts et du temps. Il exigera surtout que la droite fasse preuve de modération à l'heure de dresser la liste des cadeaux fiscaux dont elle rêve. Et comprenne qu'elle ne peut se contenter de présenter un mauvais projet devant le peuple sous prétexte que rien d'autre n'est prévu. I
 

  • 1. Le Courrier du 25 janvier
  • 2. Idem
 
Le Courrier
Vous devez être loggé pour poster des commentaires
}