Dérégulation toute!

Lundi 06 février 2017
- Dominique Hartmann

Après avoir brièvement craché sur Wall Street, le temps d'être élu, Donald Trump revient aux affaires. Vendredi, tandis que se poursuivait le bras de fer autour de son décret anti-immigration, le nouveau président des Etats-Unis lançait la dérégulation des lois «Dodd-Frank», promulguées en 2010 par Barack Obama à la suite de la crise financière de 2008.

Jugées pusillanimes par certains, elles apparaissent aux banquiers concernés comme un carcan insupportable. Elles seraient la cause de leur incapacité à jouer leur rôle social et de prêter de l'argent, avance Trump. En réalité, en 2016, le montant des prêts octroyés a été 25% plus élevé qu'en 2013. Vendredi, les banques se frottaient les mains. Signe de leur enthousiasme pour la dérégulation entreprise, les valeurs bancaires et financières étaient joyeuses.

Le premier allégement prévu concerne les règles de sécurité bancaire qui ont imposé aux établissements financiers l'obligation de renforcer leurs fonds propres et d'évaluer chaque année leur solidité en cas de crise. Dans la ligne de mire du président, l'agence de protection des consommateurs (CFPB), instituée dans la foulée. Le second «ordre présidentiel» signé veut abolir la règle fiduciaire obligeant les conseillers financiers à agir dans l'intérêt de leurs clients en renonçant à leur vendre des produits toxiques.

Après avoir électoralement étalé sa sollicitude pour les populations dévastées par la crise des subprimes, Donald Trump lève donc les quelques mesures de protection mises en place pour tenter de juguler les appétits carnassiers de certaines banques. Banques désormais confortablement installées à ses côtés, notamment par le biais de Gary Cohn, directeur du Conseil économique national à la Maison Blanche et ancien numéro 2 de la banque d'affaires Goldman Sachs.

Rien n'est fait encore, puisqu'une modification en profondeur de la loi ne peut être menée que par le Congrès. Mais le même Gary Cohn a déjà annoncé vouloir «impliquer» le Sénat. Janet Yellen, de son côté, présidente du principal régulateur du secteur bancaire, la Fed, a été priée par le vice-président de la commission sénatoriale des services financiers de se retirer de toutes les négociations en cours sur la réglementation financière.

Un tel geste d'intimidation fait déjà partie intégrante du style Trump. Si la mobilisation civile et judiciaire ont permis pour l'heure de bloquer le décret anti-immigration, le nouveau président a aussi à cette occasion montré de quel coup de force il était capable, mobilisant les services de police et d'immigration envers et contre le pouvoir judiciaire et l'administration. Et les dérégulations ne font que commencer. I

Vous devez être loggé pour poster des commentaires
}